La rareté crée le manque et l’attente amène l’envie
Il existe une méthode pour complètement changer la manière dont vous appréciez manger, mais ça nécessite de changer son prisme de pensée. Parlons-en.
Malgré la situation climatique mondiale que l’on connaît et tous les moyens d’information que nous avons à notre disposition aujourd’hui, on voit encore trop de mangeurs consommer des produits hors saison.
On en parle beaucoup, mais l’exemple qui revient le plus souvent car c’est probablement le plus parlant, c’est bien évidemment la tomate. Je vais donc m’appuyer dessus pour vous partager ma vision.
Quand on perd son libre arbitre, on perd son bon sens
Malgré tous les moyens de communication utilisés pour nous sensibiliser, la tomate est encore beaucoup trop présente hors de sa période de croisière idéale. Il suffit de regarder les rayons de supermarchés, où les grandes surfaces nous poussent à croire qu’on veut des tomates tout le temps. Un rayon dans la grande distribution, c’est fait pour perdre son libre arbitre.
Les couleurs, les dispositions, le packaging, les publicités, les promotions… un ensemble de techniques marketing qui nous font perdre notre bon sens… sans même s’en rendre compte.
J’ai l’impression, en écrivant ça, que j’enfonce une porte ouverte et pourtant, chaque semaine, si on observe les recettes sur les réseaux sociaux, les rayons dans les supermarchés, les compositions des produits industriels ou les menus de la restauration hors domicile… c’est catastrophique.
Et oui, parce que quand on parle de manger de la tomate, on ne parle pas que de la salade de tomate, mozzarella, basilic. On parle aussi des tomates cerises qu’on picore à l’apéro, des tomates présentes dans les sandwichs : boulangeries, fasts food, snacks industriels, ou encore les restaurateurs qui pensent encore que c’est le client qui décide.
Sur ce dernier point d’ailleurs, j’aurais plein de choses à dire dans les semaines qui viennent.
Le mangeur capitaliste est prétentieux face à la nature
C’est un sous titre un peu radical, que je maintiens car je le pense… mais que je nuance aussi par mon texte du dessus car ce n’est pas 100% la faute du consommateur. Tout le monde n’a pas accès au même niveau d’information, à la même compréhension de l’information et au même degré d’exposition aux techniques marketing.
Malgré tout, il y a une grande majorité qui pourrait reprendre le contrôle, car consommer des tomates toute l’année nous amène surtout à ce qu’on est devenu aujourd’hui : des capricieux engrenés dans les chaînes du capitalisme. C’est vouloir tout consommer, tout le temps et quand on le veut.
Pour la tomate, c’est répondre à une pulsion soudaine d’envie de tomate alors que ce n’est pas la bonne période. Évidemment, la tomate est accessible, alors on peut répondre à cette pulsion, mais c’est aussi une vieille habitude comme celle d’acheter une barquette de tomate cerise à mettre à l’apéro “ parce que c’est comme ça “.
Imaginez juste un instant les générations futures quand ils liront des livres d’histoire sur l’alimentation de notre époque :
“ Dans les années 2000 – 2050, le système alimentaire était construit comme un sablier. Il y avait des millions d’agriculteurs en haut et huit milliards de mangeurs en bas. Entre les deux, un entonnoir de quelques entreprises par qui tout transite : des négociants en grain, des entreprises de semences, de produits chimiques, des transformateurs et des distributeurs. Celui qui contrôle la taille du sablier décide ce qui sera cultivé et à quel prix.*
Alors par exemple, cette génération se retrouvait à manger des tomates clonées, standardisées et bourrées d’artifices, et les consommait même en pleine hiver, sans se poser la moindre question. Ils étaient complètement aveuglés par le pouvoir du marketing et pris sous les jougs d’un système capitaliste destructeur. “
* Passage tiré d’une interview de Raj Patel, auteur, cinéaste, et porte parole mondial sur les systèmes alimentaires, pour Slow Food.
Ça fait froid dans le dos de lire ça non ?
Sa majesté a perdu de sa superbe
Tomate, de l’italien “ Pomodoro “ à savoir – pomo / pomme – et – oro / or -, soit, “ pomme d’or “, était à l’origine un fruit plutôt jaune & dorée. On peut lui octroyer la couronne de fruit le plus consommé au monde.
Mais comme j’ai pu vous le montrer, pas forcément pour les bonnes raisons.
Là où je souhaite éclairer les esprits, c’est de remettre notre rapport au temps au cœur de notre assiette, pour reprendre du plaisir. Parce que manger une tomate en février, ce n’est pas du plaisir : elles sont standardisées, sans goût, peu sucrées, nécessite des méthodes industrielles lourdes pour être produites.
En effet, comme l’atteste un des reportages d’Hugo Clément “ Sur le front “ , certains exploitants comme dans l’agglomération nantaise utilisent des serres chauffées en continu au gaz (avec d’imposantes chaudières) et éclairées par des néons puissants jour et nuit, au point d’illuminer le ciel nocturne de la région.
Je n’habite pas très loin, l’ayant déjà vy de mes propres yeux, je vous confirme.
Reprendre le goût des choses par l’attente
Nous avons le pouvoir de changer les choses. Alors respirons, reculons, prenons conscience et respectons ce que nous mangeons, pour nous respecter nous. Parce que vous allez vite le découvrir : la rareté, ça crée le manque, et le manque, amène l’envie.
Attendre des mois pour manger une vraie bonne tomate, c’est saliver, c’est faire monter l’envie, la faim et la gourmandise, et c’est être récompensé par un vrai bon produit, que vous aurez mérité.
Attendre tout l’hiver pour manger de bonnes tomates, va vous redonner le goût à ce qu’est une tomate, non seulement parce que vous aurez développé une vraie envie de la consommer, et vous n’aurez pas simplement répondu à une consommation compulsive sans fond, mais aussi parce que vous aurez un meilleur produit.
La morale de cette prise de parole, c’est que nous devons reprendre du plaisir… par l’attente, la lenteur et le respect de la terre.
Pour terminer, je me suis amusé à cuisiner une panna cotta avec les tomates de mon potager, je vous laisse avec quelques images de ma réalisation.
À lire ensuite.
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