J’ai cuisiné pour 40 personnes et j’ai compris pourquoi j’aimais autant ça
Trois jours en cuisine, deux repas et une cinquantaine de portions : ma première expérience pour comprendre ce que cuisiner pour les autres signifie vraiment.
Il paraît qu’à un moment donné dans la vie, tout revient à ce qu’on faisait enfant. J’ai toujours été créatif : j’inventais des histoires, je créais des mondes imaginaires… et surtout, j’étais entouré de personnes qui cuisinaient.
Tout le monde ou presque cuisinait dans ma famille proche, mais personne n’en faisait son métier. Le métier de cuisinier ayant mauvaise réputation, je n’avais donc pas forcément songé à en faire mon métier, jusqu’à aujourd’hui.
Il est donc temps de revenir aux sources et de faire ce que j’aime le plus : cuisiner. Et pour ça, quoi de mieux que de s’entraîner avec ses proches ?
Je me suis récemment occupé d’organiser un repas d’anniversaire pour une quarantaine de personnes (soit 50 portions pour être large), pour le midi ET le soir. Pour l’anecdote, l’événement avait lieu dans un club house, au bord d’un terrain de football. Pour ceux qui connaissent mon histoire avec le sport amateur, c’est un joli clin d’œil ! 😉
Une première expérience plutôt intense, qui a démarré à J-3 de l’événement pour prendre assez d’avance, et qui me donne aujourd’hui l’occasion de partager ma vision de la cuisine à travers cet exercice.
Un don de soi
Je crois que quand on cuisine et qu’on offre un repas, on s’expose, presque à nu. C’est un moyen d’expression à part entière, une manière de dire qu’on veut réunir, débattre, partager, rire, faire plaisir, mais surtout, c’est une manière d’aimer.
Cuisiner, c’est un partage de l’âme. Oublier d’y mettre son cœur serait le pire manque d’assaisonnement possible. Alors, on réfléchit d’abord aux ingrédients qu’on va sélectionner.
Pour ma part, il est absolument évident d’aller chercher autour de moi, pour manger propre, local, bio et de saison, mais surtout pour manger juste, en soutenant l’agriculture locale.
Lors de cet événement, voici où je me suis fourni :
- Les légumes chez Félix — La Haie Maraîchère ≈ 10 min
- Les fromages de chèvre chez Julie — Chèvrerie de l’Épicea ≈ 20 min
- La stracciatella chez Laura — Ma Fromagerie Chalonnaise ≈ 15 min
- Les pommes en direct du verger — Vergers de l’Asnerie ≈ 10 min
- Les fleurs comestibles et aromatiques chez Eva — Le Jardin d’Eva ≈ 5 min
- Le pain à la boulangerie de mon village — Le Paradis Gourmand ≈ 2 min
J’aime cuisiner avec ce que j’ai, selon les saisons et ce que peuvent m’offrir les producteurs. Il faut alors imaginer les plats qui permettront de transformer, avec le moins de prétention possible, ces produits magnifiques. L’objectif est de les sublimer pour développer leur potentiel gustatif, sans cacher leur goût derrière des artifices trop complexes.
Ce que j’aime, c’est m’inspirer des recettes du monde… mais avec ce que j’ai autour de moi.
Alors, on a commencé par un buffet à l’apéro, en guise d’entrée :
- Verrine concombre & Tagetes minuta *
- Focaccia pesto, stracciatella & tomates cerises confites
- Croquetas champignons & parmesan
- Houmous & gressins
- Mini-poivrons farcis au chèvre frais, ciboulette & échalote
Tagetes minuta : c’est une plante aromatique originaire d’Amérique du Sud que j’ai découverte grâce à Eva, du Jardin d’Eva, à 5 min de chez moi… et quelle découverte. Un goût mentholé & anisé avec, je trouve, une petite amertume qui rappelle la camomille. Un mariage idéal avec le concombre, qui est un légume au goût plutôt doux, et qui s’est parfaitement équilibré avec une pointe de citron, d’ail et de fromage blanc.
Un moment de partage
Je vois aussi la cuisine comme un moment de partage, convivial, comme un grand repas de famille où l’on pose les plats au milieu de la table. Alors, j’ai réalisé des lasagnes végétariennes que j’ai présentées dans de grands plats en inox, disposés sur les tables, où chacun se servait sa part… comme à la maison.
Après un buffet d’apéro bien présenté et coloré, c’était une manière différente de continuer le repas dans une ambiance un peu « cantine ». Quel plaisir de voir chacun se servir sa part… et se resservir.
Avec un peu de salade et une vinaigrette maison, un retour à la simplicité qui a permis à tout le monde de passer un très bon moment.
Le dessert fut dans la continuité du plat. Pour cette quantité et avec le matériel dont je disposais, il a fallu trouver un dessert simple, gourmand, économique et qui se conserve bien. Nous sommes début octobre, en pleine saison des pommes (0,90 €/kg en direct du verger) : le crumble était le dessert idéal.
J’en profite pour dire qu’avec un peu de mouvement et de curiosité, il y a moyen de trouver des produits sains, de saison, LARGEMENT moins chers que dans la grande distribution. Pour ceux qui le peuvent et qui y ont accès, faites-le.
Du plaisir… évidemment
C’est la base de tout : il faut que ce soit bon & gourmand. Malgré quelques améliorations que j’ai très vite identifiées, toute la journée a été une réussite gustative, et j’ai voulu terminer en beauté pour le repas du soir.
Tout m’intéresse dans la cuisine et surtout toutes les manières de cuisiner. Comme disait Paul Bocuse : il n’y a qu’une cuisine… la bonne. La street food en fait partie. Depuis l’arrivée des fast-foods, la street food a trop souvent été associée à de mauvais produits.
Or, on peut très bien cuisiner en mode « street food » avec des produits locaux, comme j’aime le faire. Alors, le soir, c’était grilled cheese au reblochon de chèvre, tomme de chèvre et confit d’oignons : un RÉGAL. Une autre manière d’appréhender mon exercice, et c’était un vrai succès. Certains convives en ont même mangé trois.
Clou du spectacle : j’ai reçu une turbine à glace cet été, et ça a été ma découverte de l’année. J’aime faire des glaces : crèmes glacées, sorbets… tester des recettes pour obtenir la meilleure texture possible… Bref, c’est un vrai plaisir.
On a donc décidé de réaliser 5 L de glace stracciatella : une glace fior di latte (au lait et à la crème) dans laquelle on ajoute un filet de chocolat fondu en fin de turbinage pour créer des copeaux de chocolat dans la glace. Avec 70 petits pots de glace, autant vous dire que ça a été un régal général.
Une manière de dire « je t’aime »
Vous l’aurez compris, la cuisine est une façon pour moi de m’exprimer, de montrer qui je suis, d’inspirer sur la manière de consommer et, surtout, de montrer aux gens à quel point je les aime.
Quand on cuisine pour un événement comme celui-ci, on consacre trois jours intenses de notre temps à préparer des mets que les convives mettront à peine 30 minutes à manger, mais qu’ils garderont en tête de nombreuses années.
C’est un rapport de soi à l’autre, pour l’autre, pour créer une expérience qui restera, pour certains, un souvenir gravé à jamais.
C’est le début d’une belle aventure pour moi en cuisine, j’ai déjà hâte de remettre le tablier.
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